Friday, 24 March 2017 10:00

Note de plaidoyer

 La venue de l’école fondamentale au Burundi devrait être une solution à plusieurs défis notamment la réduction du taux de redoublement, l’avancement de l’âge de l’accès à l’emploi (18 ans), réduction du taux de mariages précoces, la réduction des grossesses non désirées, la réduction des cas de mineurs en conflits avec la loi, la réduction du chômage,… C’est dans cette optique que l’école fondamentale répondrait aux Objectifs pour le Développement Durable notamment l’ODD4 (1&4) et l’ODD 8 (6&7) sur lesquels la Ministre de l'Education, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique s’est basée pour affirmer que le Burundi est l'orbite de "l'éducation 2030" lors d'une cérémonie de lancement solennel du Rapport mondial de suivi sur l'éducation (édition 2016). Oui stratégiquement le BURUNDI y est, car le cadre politique est disponible.   Cependant, l’école fondamentale éjecte 40% des jeunes lauréats de l’école fondamentale par faute de place. Parmi les 80000 jeunes éjectés par le système scolaire, il y a une fraction, c’est la plus importante qui avait réussi en classe mais qui n’a pas le droit de reprendre la classe. La mesure les autorise de participer seulement au concours suivant. Ils deviennent alors des écoliers sans classe, appelés aussi autodidactes. Pour la FENADEB il est donc très inquiétant que 40% des lauréats de l’école fondamentale soient éjectés par le système scolaire burundais. Bien sûr, la FENADEB comprend que tous les enfants du pays ne peuvent suivre un enseignement élitiste mais le Ministère de la Fonction Publique, du Travail et de l’emploi qui devait les accueillir n’est pas encore prêt. La question qui se pose est de savoir où seront alors nos enfants ? « Sur les 243 centres d’enseignement de métiers (CEM) nécessaires pour accueillir les lauréats de l’école fondamentale, 111 sont déjà disponibles dans 72 communes et 80 seulement sont fonctionnels. Le gouvernement aurait pris un engagement de construire 117 CEM dans 57 communes prioritaires. « Parmi eux, 15 CEM seront construits pendant les travaux communautaires. Quand bien même les locaux seraient disponibles, le matériel didactique et les enseignants qualifiés manquent. La distinction entre Centre d’Enseignement des Métiers et les Centres de formation professionnelle désoriente aussi les enfants qui ont échoué au concours national édition 2016. Le ministère de la fonction publique, du travail et de l’emploi a précisé que les centres d’enseignement des métiers (CEM) vont accueillir les lauréats de l’ECOFO qui le désirent et n’ayant pas satisfait aux conditions d’accès au post –fondamental. Les Centres de Formation Professionnelle (CFP) vont accueillir ceux qui le désirent et qui remplissent les conditions d’accès au post-fondamental. Ce qui justifie que les 80000 élèves qui ont échoué le concours ont droit de s’inscrire au CEM ou être autodidacte pour tenter une chance 2017. Or, les CEM étaient destinés aux lauréats de la 6éme année. Il faut donc adapter les programmes et le personnel. Une formation professionnelle en six mois au lieu de trois ans. Les lauréats des CEM, dont les pré-requis étaient auparavant de la 6ème année, seront désormais de la 9ème fondamentale. « Il y aura une adaptation des programmes modulés qui étaient sur trois ans pour une formation accélérée de six mois dans les filières choisies par les communautés. Ce qui permettra de délivrer des certificats à deux cohortes par an. Du point de vue technique, le ministère a privilégié la filière agri-élevage d’autant que plus de 90% de la population pratique cette filière de façon traditionnelle. « Chaque commune qui proposera des filières innovantes devra chercher elle-même son formateur et l’équipement. Seuls, les programmes seront élaborés par les techniciens du ministère et l’activité va bon train d’après le ministère. Le personnel et l’équipement, un casse-tête pour les CEM Selon le Ministère tutelle, 900 enseignants (450 vétérinaires et 450 agronomes) sont nécessaires pour pouvoir dispenser les modules dans les 117 CEM restants de 57 communes auxquels il faut ajouter 570 administratifs. Chaque commune doit contribuer à hauteur de 21 millions BIF pour pouvoir équiper un seul CEM, selon ses besoins. Pour équiper les 117 CEM, il faut 2,457 milliards BIF. Un budget très consistant sans oublier la prise en charge des enseignants. Que deviendront les enfants qui ne veulent pas suivre les CEM ? Dans six mois, le ministère met sur le marché du travail des jeunes dont la majorité pour le travail n’est pas encore atteinte. Ils auront entre 14 et 16 ans. Qui les recrutera ? Le ministère risque d’être en contradiction avec la loi internationale et nationale en matière du travail et de protection des droits de l’enfant. Une formation de trois ans est très nécessaire. Dans cette tourmente de tâtonnement, la FENADEB propose la mobilisation de tous les intervenants en matière de la promotion et la protection des droits de l’enfant pour aider à l’encadrement des élèves autodidactes pour affronter le concours de 2017 avec espoir de réussir. Quant aux élèves qui aiment l’enseignement professionnel, le ministère de tutelle doit impliquer tous les intervenants afin de trouver des solutions qui ne lèsent pas l’enfant et qui concrétisent les objectifs pour le Développement durable notamment lODD4 alinéa 4 qui recommande : « D’ici à 2030, augmenter considérablement le nombre de jeunes et d’adultes disposant des compétences, notamment techniques et professionnelles, nécessaires à l’emploi, à l’obtention d’un travail décent et à l’entrepreneuriat ». On ne peut pas avoir un tel profil en six mois. LES CEM ne sont pas en conformité avec l’ODD 4 qui recommande une éducation de qualité : « Veiller à ce que tous aient accès à l’éducation et promouvoir des possibilités d’apprentissage de qualité dans des conditions équitables tout au long de la vie ». Quel est cette autre institution d’enseignement professionnel habileté à accueillir les enfants qui auront terminé les centres d’enseignement de métiers ? Il faut donc approcher tous les intervenants en matière de la promotion et la protection des droits de l’enfant pour une issue favorable aux droits de l’enfant. En l’absence d’une concertation entre le ministère et les intervenants, l’école fondamentale éjectera chaque année dans la ville et les centres urbains 40% de son effectif. C’est un exode rural très difficile à contenir avec beaucoup de conséquences néfaste notamment l’augmentation des mineurs en conflit avec la loi, exacerbation de la délinquance juvénile, l’augmentation des mariages précoces, l’augmentation des violences basées sur le genre,… Pour clore, étant donné que dans sa philosophie de travail, les organisations membres de la FENADEB mènent leurs interventions en tenant compte des politiques sociales définies par le Gouvernement du Burundi, elles restent entièrement à la disposition des autorités burundaises pour apporter une pierre d’édifice pour l’intérêt de nos enfants. L’éducation des enfants est une affaire de tous. Chaque citoyen devrait se sentir interpellé.   Pour la FENADEB Me Jacques NSHIMIRIMANA Président          
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